On n’en parle pas assez, parce que le surendettement reste un sujet tabou en France. Pourtant, plus de 120 000 dossiers sont déposés chaque année auprès de la Banque de France. Et parmi les personnes concernées, certaines détiennent un Plan d’Epargne Retraite sans savoir qu’il peut être débloqué dans ce cadre. La loi PACTE a prévu cette situation parmi les accidents de la vie ouvrant droit à une sortie anticipée, mais la procédure est particulière : ce n’est pas vous qui décidez.
Bilan :
- Chaque année, plus de 120 000 dossiers de surendettement sont déposés en France, et le Plan d'Epargne Retraite (PER) peut être débloqué dans ce cadre, mais uniquement sur décision de la commission de surendettement.
- Le surendettement est défini comme l'incapacité manifeste d'un débiteur de bonne foi à faire face à ses dettes, et le déblocage du PER nécessite une reconnaissance officielle de cette situation.
- Le déblocage du PER, ordonné par la commission de surendettement ou un juge, peut être partiel ou total, et il bénéficie d'un traitement fiscal favorable, évitant une taxation lourde sur les montants débloqués.
- Après une procédure de surendettement, il est possible d'ouvrir un nouveau PER, permettant ainsi aux individus de recommencer à épargner pour leur retraite, même s'ils doivent d'abord stabiliser leur situation financière.
Le cadre légal : quand le PER devient saisissable
L’article L224-4 du Code des assurances classe le surendettement parmi les cinq motifs de déblocage anticipé du PER. Plus précisément, le texte vise la situation de surendettement « définie à l’article L711-1 du Code de la consommation ». Cela signifie que le simple fait d’avoir des dettes ne suffit pas. Il faut être en situation de surendettement reconnue.
Le surendettement, au sens juridique, c’est l’impossibilité manifeste pour un débiteur de bonne foi de faire face à l’ensemble de ses dettes non professionnelles exigibles et à échoir. C’est la commission de surendettement de la Banque de France qui apprécie cette situation, pas le créancier, pas le banquier, et surtout pas le titulaire du PER lui-même.
La procédure : ce n’est pas le titulaire qui demande le déblocage
C’est la particularité majeure de ce cas de déblocage, et celle qui surprend le plus. Contrairement aux autres accidents de la vie où le titulaire contacte son gestionnaire avec ses justificatifs, ici c’est la commission de surendettement ou le juge du tribunal judiciaire qui ordonne le déblocage.
Concrètement, voici comment ça se passe pour quelqu’un comme Bruno, 44 ans, artisan qui s’est retrouvé en surendettement personnel après la faillite de son entreprise :
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Bruno dépose un dossier de surendettement auprès de la Banque de France (en ligne sur le site de la Banque de France ou en agence).
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La commission de surendettement examine sa situation globale : revenus, charges, patrimoine, dettes. Le PER figure dans le patrimoine.
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Si la commission juge le dossier recevable, elle élabore un plan de redressement. Dans ce cadre, elle peut décider que le PER doit être liquidé (en tout ou en partie) pour rembourser les créanciers.
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Le gestionnaire du PER reçoit la décision de la commission et procède au déblocage. Le capital est versé selon les modalités prévues par le plan de surendettement.
En cas de procédure de rétablissement personnel (effacement total des dettes), le juge peut également ordonner la liquidation du PER si sa valeur est suffisante pour justifier une procédure avec liquidation judiciaire du patrimoine.
Peut-on s’opposer au déblocage de son PER ?
La question se pose, et la réponse est nuancée. Le PER bénéficie d’une certaine protection en tant que produit d’épargne retraite. Historiquement, les contrats d’assurance retraite étaient considérés comme insaisissables dans le cadre des procédures de surendettement, au motif qu’ils constituaient une épargne de prévoyance nécessaire à la subsistance future du débiteur.
Avec la loi PACTE, le législateur a clairement voulu rendre le PER déblocable en cas de surendettement. L’intention est compréhensible : un épargnant qui a 50 000 euros sur un PER et qui ne peut pas payer ses dettes courantes se trouve dans une situation où la protection de l’épargne retraite n’a plus beaucoup de sens social.
Cela dit, la commission de surendettement doit tenir compte de l’ensemble de la situation. Si le PER ne représente qu’une petite somme (quelques milliers d’euros) et que le surendetté approche de l’âge de la retraite, la commission peut décider de ne pas toucher au PER et de trouver d’autres solutions : rééchelonnement des dettes, gel des intérêts, effacement partiel.
Claire, 52 ans, en surendettement après le décès de son mari et des frais médicaux non couverts, avait 18 000 euros sur son PER. La commission a choisi de ne pas toucher à ce PER, estimant que cette épargne serait nécessaire pour compléter sa retraite dans dix ans. Un rééchelonnement de ses dettes sur sept ans a été préféré.
La fiscalité du déblocage : l’avantage de l’accident de la vie
Même quand le déblocage est ordonné par la commission, il bénéficie du traitement fiscal favorable des accidents de la vie. C’est un point essentiel, car il serait particulièrement injuste de taxer lourdement un capital débloqué sous la contrainte pour rembourser des dettes.
Prenons l’exemple chiffré de Rachid, 47 ans, dont le PER de 35 000 euros est liquidé sur décision de la commission de surendettement. Il avait versé 28 000 euros (tous déduits) et accumulé 7 000 euros de plus-values.
| Composante | Montant | Fiscalité |
|---|---|---|
| Versements déduits | 28 000 euros | Exonérés d’impôt sur le revenu |
| Plus-values | 7 000 euros | Prélèvements sociaux 17,2 % = 1 204 euros |
| Capital net | 33 796 euros | affecté au remboursement des créanciers |
Sans le régime de l’accident de la vie, Rachid aurait supporté en plus l’impôt sur le revenu sur les 28 000 euros de versements déduits. A un TMI de 30 %, cela aurait représenté 8 400 euros d’impôt supplémentaire, soit 8 400 euros en moins pour rembourser les créanciers. Tout le monde y perd dans ce scénario.
L’articulation avec la procédure de rétablissement personnel
Quand la situation est irrémédiablement compromise, la commission peut recommander une procédure de rétablissement personnel, avec ou sans liquidation judiciaire. C’est l’équivalent d’une « faillite personnelle » simplifiée.
Sans liquidation judiciaire : les dettes sont effacées et le patrimoine du débiteur n’est pas touché. Le PER est préservé. C’est le cas le plus favorable.
Avec liquidation judiciaire : un mandataire est nommé pour vendre les biens saisissables. Le PER entre dans le périmètre des actifs liquidables. Le capital est débloqué et réparti entre les créanciers. Le solde des dettes est ensuite effacé.
Marine, 39 ans, s’est retrouvée dans cette situation après un enchaînement de crédits à la consommation. Son PER de 12 000 euros a été liquidé dans le cadre d’un rétablissement personnel avec liquidation. Les 12 000 euros ont été versés au mandataire, et ses 78 000 euros de dettes restantes ont été effacées. Un rapport coût/bénéfice qui, malgré la perte du PER, lui a permis de repartir à zéro.
Ce qui se passe après : peut-on rouvrir un PER ?
Bonne nouvelle : le surendettement n’interdit pas d’ouvrir un nouveau PER par la suite. Une fois la procédure terminée (plan respecté ou dettes effacées), rien n’empêche de souscrire un nouveau plan et de recommencer à épargner.
L’inscription au fichier FICP (Fichier des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers) dure cinq ans en cas de plan conventionnel de redressement, et cinq ans en cas de rétablissement personnel. Pendant cette période, obtenir un crédit est quasi impossible, mais ouvrir un PER reste tout à fait faisable. Le PER n’est pas un crédit, c’est un contrat d’épargne.
La vraie question est plutôt celle de la capacité d’épargne. Quand on sort d’une procédure de surendettement, la priorité est rarement de placer de l’argent pour sa retraite. Mais pour ceux qui rebondissent et retrouvent une situation stable, le PER reste un outil pertinent, notamment grâce à l’avantage fiscal à l’entrée. Et cette fois, l’expérience du surendettement aura peut-être enseigné l’intérêt d’une épargne de précaution sur un support plus liquide avant de verrouiller du capital sur un PER.
On vous répond
Comment fonctionne le Plan d'Épargne Retraite (PER) ?
Le PER permet de préparer votre retraite tout en bénéficiant d'avantages fiscaux. Vous pouvez choisir entre une gestion pilotée ou libre et récupérer votre épargne sous forme de capital, de rente, ou les deux.
Qui peut bénéficier du Plan d'Épargne Retraite ?
Le PER est accessible à tous : salariés, indépendants, demandeurs d'emploi ou sans activité, avec plusieurs formes adaptées à chaque situation professionnelle.
Quels sont les avantages fiscaux du PER ?
Les versements sur un PER peuvent être déduits de votre revenu imposable, permettant ainsi de réduire vos impôts immédiatement tout en constituant une épargne pour la retraite.
Quand peut-on récupérer son argent du PER ?
Vous pouvez récupérer votre argent avant la retraite dans des cas spécifiques, comme l'achat de la résidence principale ou en cas d'accident de la vie. Sinon, l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite.
Comment choisir le bon Plan d'Épargne Retraite ?
Le choix d'un PER dépend de critères comme les frais, les supports d'investissement, le mode de gestion et les options de sortie. Comparer les offres est essentiel pour trouver celle qui vous convient.


