Diane a ouvert son PER individuel en ligne il y a trois ans. Elle n’a coché aucune case particulière. Pas de choix de profil, pas de sélection de supports. Résultat : son épargne a été placée automatiquement en gestion pilotée à horizon, le mode imposé par défaut par la loi PACTE. Le principe est séduisant sur le papier. Plus on est loin de la retraite, plus le portefeuille s’expose aux actifs risqués. A mesure que l’échéance approche, l’allocation bascule vers des supports sécurisés. C’est logique. C’est automatique. Mais est-ce que c’est adapté à votre situation ?
Ce que la loi impose vraiment
L’article L. 224-3 du Code des assurances, issu de la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019, dispose que la gestion pilotée est le mode de gestion appliqué par défaut à tout PER, sauf décision contraire expresse du titulaire. L’arrêté du 7 août 2019 précise trois profils de référence : prudent, équilibré et dynamique. En l’absence de choix, c’est le profil équilibré qui s’applique.
Les grilles de référence fixent des seuils d’exposition aux actifs risqués (unités de compte) en fonction de l’éloignement de la retraite. Pour le profil équilibré : jusqu’à 80 % d’UC à plus de dix ans du terme, environ 50 % entre cinq et dix ans, puis 30 % ou moins dans les deux dernières années. L’objectif du législateur était d’éviter le syndrome du fonds en euros perpétuel — des millions d’épargnants qui laissaient leur capital dormir à 1 % pendant des décennies par inertie.
L’ACPR veille au respect de ces grilles. Mais la variété des supports d’un contrat à l’autre rend les comparaisons plus compliquées qu’il n’y paraît.
Pourquoi les gestionnaires adorent ce mode
La gestion à horizon est un cadeau opérationnel pour les assureurs. Elle automatise l’allocation d’actifs. Un algorithme gère les rééquilibrages selon une grille prédéfinie. Pas besoin de contacter chaque épargnant, pas de rendez-vous conseil, pas de validation individuelle. Les coûts de gestion humaine s’effondrent.
Guillaume, 52 ans, ingénieur en fin de carrière, a remarqué que les arbitrages automatiques sur son PER généraient des frais à chaque bascule trimestrielle. Selon les contrats, ces frais sont soit facturés séparément, soit noyés dans les frais de gestion globaux. L’AMF recommande de vérifier la structure tarifaire avant d’accepter le mode par défaut.
Il y a un autre aspect que peu d’épargnants perçoivent. La gestion pilotée s’appuie le plus souvent sur des fonds maison ou partenaires, avec des frais courants pouvant atteindre 1,5 % à 2 % par an. Les gestionnaires n’ont aucun intérêt économique à orienter les épargnants vers la gestion libre et ses ETF à 0,2 %. Ce n’est pas forcément un mauvais choix pour autant, mais il est utile de comprendre les motivations de ceux qui le mettent en avant.
Les limites d’une mécanique aveugle
Le reproche principal adressé à la gestion horizon tient dans son unique variable d’ajustement : l’âge de départ à la retraite. Or, la situation d’un épargnant ne se résume pas à un chiffre.
Hugo, 34 ans, ancien sportif reconverti dans le coaching, a ouvert un PER avec un horizon théorique de trente ans. Mais il possède déjà un patrimoine immobilier locatif et un portefeuille boursier en compte-titres. Son PER représente 15 % de son patrimoine total. Le profil équilibré, qui sécurise progressivement son allocation, est-il pertinent ? Hugo pourrait supporter bien plus de risque sur cette poche spécifique, puisque le reste de son patrimoine joue déjà le rôle d’amortisseur.
A l’inverse, Rosa, 28 ans, première année de CDI, se retrouve exposée à 80 % en unités de compte sur un PER qui représente la quasi-totalité de son patrimoine financier. Si un krach survient dans les premières années, la baisse sera douloureuse — même si la théorie du temps long plaide pour la patience. Le problème est autant psychologique que financier.
L’autre angle mort concerne les déblocages anticipés. L’article L224-4 prévoit six cas de sortie avant la retraite, dont l’acquisition de la résidence principale. Un épargnant qui envisage un achat immobilier dans cinq ans aurait besoin d’une allocation plus prudente que ce que son « âge de retraite » commande. La gestion horizon ne sait pas intégrer ce paramètre.
La gestion libre : l’alternative sous-estimée
Opter pour la gestion libre, c’est choisir soi-même ses supports. ETF indiciels, SCPI, obligations datées, fonds labellisés ISR… la gamme varie selon les contrats mais offre en général plus de latitude que les grilles automatisées.
L’obstacle est réel : la gestion libre exige un minimum de connaissances financières et un suivi régulier. L’AMF rappelle que l’allocation d’actifs doit être revue au moins une fois par an. Pour ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie, la gestion horizon reste un filet de sécurité acceptable.
Mais considérer le mode par défaut comme la solution optimale, c’est porter un costume taille unique. Il couvre, mais il ne tombe jamais parfaitement.
Profil prudent, équilibré, dynamique : ce qui change concrètement
Le profil prudent plafonne l’exposition aux actifs risqués à environ 30 % même à long terme, pour finir proche de zéro à l’approche de la retraite. Il sacrifie le potentiel de rendement sur longue période. Le profil dynamique peut monter jusqu’à 100 % d’UC à plus de dix ans du terme — mais seule une minorité d’épargnants le choisit activement.
Aucun de ces profils ne tient compte du patrimoine global du titulaire. Un profil dynamique sur un PER peut être parfaitement cohérent pour quelqu’un qui détient 200 000 euros en fonds euros sur une assurance vie. Il serait hasardeux pour un épargnant dont le PER est le seul patrimoine financier. La grille ignore cette dimension. Et c’est son principal défaut.
Un point de départ, pas un point d’arrivée
La gestion horizon par défaut a un mérite indiscutable : elle empêche l’inertie totale. Sans elle, des millions d’épargnants laisseraient leur capital sur un fonds monétaire pendant des décennies. Le vrai problème, c’est que la plupart des titulaires de PER ignorent qu’ils sont en gestion pilotée. Ils ne savent pas qu’ils peuvent en changer à tout moment, sans frais dans la majorité des contrats.
Avant de valider ou de contester le choix par défaut, il faut regarder trois choses : la grille d’allocation réelle du contrat (pas seulement l’étiquette du profil), les frais courants des supports utilisés, et la cohérence avec le reste du patrimoine. L’information est disponible dans le document d’information clé (DIC) que tout assureur doit fournir en application du règlement européen PRIIPs.
La gestion par défaut est un point de départ. Elle ne devrait jamais être un point d’arrivée.


