Analyse des rendements des fonds euros PER en 2025/2026

Analyse des rendements des fonds euros PER en 2025/2026
Analyse des rendements des fonds euros PER en 2025/2026

Après une décennie de rendements en chute libre, les fonds euros ont amorcé un virage. La remontée des taux directeurs de la Banque centrale européenne entre 2022 et 2024, suivie d’une stabilisation progressive, a modifié en profondeur le paysage de l’épargne garantie. Pour les détenteurs de PER, cette évolution change la donne sur l’allocation entre fonds euros et unités de compte. Encore faut-il comprendre ce qui se joue réellement derrière les taux annoncés.

Le fonds euros du PER : rappel du mécanisme

Le fonds euros est un support d’investissement à capital garanti, adossé principalement à des obligations d’Etat et d’entreprises. L’assureur garantit le capital net de frais de gestion et verse chaque année une participation aux bénéfices. Ce rendement, exprimé en taux net de frais de gestion mais brut de prélèvements sociaux, est la référence communément citée.

Dans le cadre d’un PER assurance, le fonds euros fonctionne exactement comme sur un contrat d’assurance vie. La garantie en capital s’applique au moment du dénouement du contrat, conformément aux dispositions de l’article L132-5-3 du Code des assurances. Un point de subtilité : certains contrats prévoient une garantie brute de frais de gestion, d’autres une garantie nette. La différence est loin d’être anodine sur le long terme.

La remontée des taux : ce qui a changé depuis 2022

Entre 2015 et 2021, les taux des obligations d’Etat françaises à 10 ans (OAT) sont restés proches de zéro, voire négatifs. Les assureurs, dont les portefeuilles sont investis massivement en obligations, voyaient leur rendement s’éroder mécaniquement à chaque réinvestissement d’obligations arrivant à échéance.

La remontée brutale des taux initiée par la BCE en juillet 2022 a inversé la tendance. Les nouvelles obligations achetées par les assureurs offrent désormais des coupons nettement supérieurs. L’effet est progressif, car le stock d’obligations anciennes à faible rendement met des années à être remplacé. Mais la direction est claire.

Pour l’exercice 2025, les taux servis sur les fonds euros des principaux contrats PER se situent dans une fourchette comprise entre 2,50 % et 4 %, avec une moyenne estimée autour de 3 %. C’est un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2014.

Les bonus de rendement : cadeau ou piège marketing

Plusieurs assureurs conditionnent désormais le taux bonifié de leur fonds euros à un pourcentage minimum investi en unités de compte. Typiquement, pour obtenir le taux annoncé de 3,50 % ou plus, l’épargnant doit détenir au moins 40 à 60 % de son encours en supports non garantis.

Cette mécanique de bonus pose question. L’épargnant qui choisit un fonds euros recherche précisément la sécurité. Le contraindre à s’exposer aux marchés pour obtenir un rendement décent sur la partie garantie revient à dénaturer la promesse initiale du produit.

Bernard, 61 ans, a trois ans avant la retraite. Il souhaite sécuriser son PER en basculant l’intégralité de son encours sur le fonds euros. Mais son contrat prévoit un taux de base de 2,20 % pour les allocations 100 % fonds euros, contre 3,80 % pour ceux qui maintiennent au moins 50 % en UC. A trois ans de la sortie, prendre un risque actions significatif pour 1,60 point de rendement supplémentaire sur la partie garantie est un arbitrage discutable.

La provision pour participation aux bénéfices : le trésor caché

Les assureurs disposent d’un outil de lissage des rendements : la provision pour participation aux bénéfices (PPB). C’est une réserve constituée les bonnes années, que l’assureur peut distribuer ultérieurement. L’article A132-16 du Code des assurances impose qu’elle soit redistribuée dans un délai de huit ans.

Le niveau de la PPB est un indicateur précieux de la capacité d’un assureur à maintenir son taux dans les années futures. Un assureur dont la PPB représente 5 % de l’encours dispose d’une marge de manoeuvre considérable pour servir des rendements stables, même si les taux de marché repartaient à la baisse.

Pour l’épargnant, l’information n’est pas toujours facile à obtenir. Les rapports annuels des compagnies d’assurance la mentionnent, mais elle est rarement mise en avant dans la communication commerciale. Les comparateurs en ligne commencent à l’intégrer dans leurs analyses, ce qui est une avancée bienvenue.

Fonds euros PER vs fonds euros assurance vie : des différences subtiles

Sur le principe, un fonds euros est un fonds euros, qu’il soit logé dans un PER ou dans une assurance vie. En pratique, plusieurs différences existent.

Premièrement, la collecte. Les PER étant des produits plus récents, les fonds euros qui leur sont adossés bénéficient souvent d’un portefeuille obligataire plus récent, donc avec des taux de coupon plus élevés. C’est un avantage structurel temporaire, mais réel.

Deuxièmement, la gestion actif-passif. Sur un PER, l’horizon d’investissement est par construction plus long que sur une assurance vie (l’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage). L’assureur peut donc se permettre une allocation plus dynamique au sein du fonds euros, avec une proportion plus importante d’immobilier ou d’actions, ce qui peut améliorer le rendement à long terme.

Sylvie, 48 ans, a constaté que le fonds euros de son PER affichait 0,30 point de plus que le fonds euros de son assurance vie, pourtant chez le même assureur. Ce n’est pas une anomalie. C’est la traduction concrète de ces différences de gestion.

Perspectives 2026 : maintien ou reflux

La question qui préoccupe les épargnants est celle de la durabilité de ces rendements. La BCE a amorcé un cycle de baisse de ses taux directeurs en 2024, et les marchés anticipent une poursuite du mouvement. Les taux obligataires à long terme ont commencé à reculer, sans toutefois revenir aux niveaux d’avant 2022.

Pour les fonds euros, l’effet de la baisse des taux de marché sera progressif, car le stock obligataire se renouvelle lentement. Les rendements 2026 devraient rester proches de ceux de 2025, peut-être avec un léger tassement de 0,10 à 0,30 point. Un effondrement brutal est peu probable, sauf choc macroéconomique majeur.

Ce qui est certain, c’est que l’époque des fonds euros à 1 % est révolue pour quelques années au moins. L’épargnant qui avait fui le fonds euros pour les UC a désormais intérêt à reconsidérer son allocation, non pas pour revenir au 100 % garanti, mais pour intégrer le fonds euros comme un véritable composant de portefeuille et non comme un reliquat par défaut. La nuance entre ces deux approches fait toute la différence dans la construction d’une stratégie retraite cohérente.

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