Le forfait social sur le PER d’entreprise : les avantages pour l’employeur

Le forfait social sur le PER d’entreprise : les avantages pour l’employeur
Le forfait social sur le PER d’entreprise : les avantages pour l’employeur

Le forfait social est l’un de ces sujets que les DRH connaissent par coeur et que les dirigeants de PME découvrent souvent trop tard. C’est une contribution patronale qui s’applique sur les sommes versées au titre de l’épargne salariale et de la retraite supplémentaire. Son taux, ses exonérations et ses cas particuliers déterminent directement le coût réel d’un PER d’entreprise pour l’employeur. Et depuis la loi PACTE, ce coût a considérablement baissé pour les petites structures.

Le forfait social : définition et base légale

Le forfait social est une contribution à la charge exclusive de l’employeur, codifiée à l’article L137-15 du Code de la sécurité sociale. Il s’applique sur les sommes qui, bien qu’exclues de l’assiette des cotisations sociales, restent soumises à la CSG. En clair : l’intéressement, la participation, l’abondement de l’employeur, et les versements de l’employeur sur un PER obligatoire.

Son taux de droit commun est de 20 %. Mais ce taux de 20 % n’est pas universel — et c’est là que les choses deviennent intéressantes pour les entreprises.

Les taux réduits : 16 % et 0 %

Premier cas de réduction : le taux passe à 16 % pour l’abondement et les versements sur un PERECO qui propose une gestion pilotée à horizon comportant au moins 10 % de titres éligibles au PEA-PME (petites et moyennes entreprises européennes). L’article L137-16 du Code de la sécurité sociale précise cette condition. En pratique, la grande majorité des PERECO du marché proposent ce type de gestion, ce qui rend le taux de 16 % accessible sans effort particulier.

Deuxième cas, bien plus impactant : le forfait social est totalement supprimé (taux de 0 %) pour les entreprises de moins de 50 salariés sur l’ensemble des flux d’épargne salariale — intéressement, participation, abondement. Cette exonération, introduite par la loi PACTE, est l’un des leviers les plus puissants pour inciter les PME à mettre en place un dispositif d’épargne retraite.

Philippe, 48 ans, dirigeant d’une entreprise de menuiserie de 38 salariés, a fait ses calculs. Il verse 1 200 euros d’abondement moyen par salarié sur le PERECO, pour 30 salariés éligibles. Total : 36 000 euros. Forfait social : zéro. Avant la loi PACTE, il aurait payé 7 200 euros de forfait social. Cette économie a été déterminante dans sa décision de mettre en place le dispositif.

L’intéressement : une fenêtre fiscale élargie

Pour les entreprises de moins de 250 salariés, le forfait social sur l’intéressement est également supprimé. C’est un point distinct de l’exonération générale des moins de 50 salariés, et il mérite qu’on s’y attarde.

Catherine, 50 ans, DRH d’une ETI de 180 salariés dans la distribution, a mis en place un accord d’intéressement lié à la marge brute. Prime moyenne : 2 800 euros par salarié. Sur 150 bénéficiaires, l’enveloppe totale est de 420 000 euros. Forfait social : zéro (au lieu de 84 000 euros au taux de 20 %). L’économie est massive et récurrente. Elle a permis de financer un abondement supplémentaire sur le PERECO, cette fois soumis au forfait social de 16 % — mais le solde net reste très favorable.

Quand on met ces chiffres devant un comité de direction, la discussion sur le coût de l’épargne salariale prend une tournure différente. Le forfait social réduit ou supprimé transforme un coût perçu en investissement RH à rendement élevé.

Forfait social et PER obligatoire (PERO) : le régime spécifique

Le PER obligatoire — dit PERO ou PER catégoriel — obéit à des règles distinctes. Les versements obligatoires de l’employeur sur le PERO sont soumis au forfait social au taux de 16 % (et non 20 %), quelle que soit la taille de l’entreprise. Ce taux réduit s’applique de droit, sans condition de gestion pilotée.

En revanche, l’exonération totale pour les entreprises de moins de 50 salariés ne s’applique pas aux versements obligatoires du PERO. C’est une nuance importante : une PME de 40 salariés qui met en place un PERO paiera 16 % de forfait social sur les versements obligatoires, alors qu’elle est exonérée sur l’abondement PERECO. Le choix entre PERECO et PERO a donc des implications financières directes pour le dirigeant.

Thomas, 35 ans, DAF d’une PME industrielle de 45 salariés, a présenté les deux options au dirigeant. Le PERECO avec abondement, exonéré de forfait social, revenait 16 % moins cher que le PERO à versements obligatoires. Mais le PERO garantit que 100 % des salariés épargnent (les versements sont obligatoires), tandis que le PERECO dépend de la participation volontaire des salariés. Le choix n’est pas que fiscal — il est aussi managérial.

La déductibilité fiscale : l’autre face de l’avantage

Le forfait social n’est pas le seul paramètre. L’intégralité des sommes versées par l’employeur au titre de l’épargne salariale (intéressement, participation, abondement, versements obligatoires PERO) est déductible du résultat imposable de l’entreprise. Pour une société soumise à l’IS au taux normal de 25 %, chaque euro versé réduit l’impôt de 25 centimes.

Prenons l’exemple complet de l’entreprise de Philippe : 36 000 euros d’abondement PERECO, 0 euro de forfait social, déductibilité de 36 000 euros. Économie d’IS : 9 000 euros. Le coût net réel de l’abondement est de 27 000 euros pour l’entreprise, soit 900 euros par salarié bénéficiaire. Comparé aux 1 200 euros perçus par chaque salarié, le ratio coût employeur / avantage salarié est remarquable.

Si Philippe avait distribué la même enveloppe sous forme de primes salariales, le coût total aurait été d’environ 52 200 euros (36 000 euros bruts + 45 % de charges patronales), et chaque salarié n’aurait perçu qu’environ 780 euros nets après cotisations salariales et impôt (TMI 11 %). Le PER est deux à trois fois plus efficient que la prime classique pour faire arriver un euro dans la poche du salarié.

Les obligations déclaratives

L’employeur doit déclarer le forfait social dans la DSN (Déclaration Sociale Nominative). Le forfait social est exigible au moment du versement des sommes — pas au moment de l’accord. Pour l’intéressement, c’est au moment de la distribution aux salariés. Pour l’abondement, c’est au moment où il est effectivement crédité sur le plan d’épargne.

Les erreurs de taux sont fréquentes, notamment dans les entreprises qui franchissent le seuil de 50 salariés. Le franchissement de ce seuil n’entraîne pas l’application immédiate du forfait social : un délai de 5 ans s’applique, pendant lequel l’entreprise conserve l’exonération. Ce dispositif de lissage, prévu par la loi PACTE, évite l’effet de seuil brutal qui décourageait historiquement les PME de recruter.

Sonia, 29 ans, gestionnaire de paie dans un cabinet comptable, accompagne une dizaine de PME sur ces sujets. Elle constate que l’erreur la plus courante est l’application du taux de 20 % là où le taux de 16 % ou l’exonération totale s’applique. « On régularise chaque année des trop-versés de forfait social. Les entreprises paient plus qu’elles ne le devraient, simplement parce que le paramétrage du logiciel de paie n’a pas été mis à jour. »

Le forfait social, dans sa version post-loi PACTE, n’est plus un frein à la mise en place d’un PER d’entreprise. Pour les PME de moins de 50 salariés, il a tout simplement disparu sur les flux les plus courants. Pour les entreprises plus grandes, le taux réduit de 16 % et la déductibilité fiscale complète maintiennent un rapport coût/bénéfice très favorable. Le vrai frein, aujourd’hui, c’est l’information. Trop de dirigeants ignorent encore ces dispositifs ou surestiment leur coût.

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